Flammes

Par dessus tout, c’est l’humain qui me passionne, quels que soient son âge et ses caractéristiques physiques. 

Comme artiste, je suis fascinée par le corps, ce remarquable véhicule à bord duquel nous traversons en apparente sécurité les montagnes et les vallées, ainsi que les déserts et les oasis de notre vie.

 Bien que résistant et extrêmement perfectionné, il est néanmoins soumis aux affres du temps et aux cahots des routes, parfois tortueuses et accidentées, que nous empruntons. 

Par mon art, je cherche, à la fois dans mes oeuvres à l’huile, mes dessins et mes tableaux à la suie, à traduire la force et la fragilité du corps et de l’âme qui l’habite, leur beauté et leur dignité,  leurs ombres et leurs lumières, notamment dans les visages que j’ai interprétés ou imaginés pour l’exposition Flammes.

 
Les oeuvres présentées ici sont réalisées à la flamme de bougie, que j’utilise à la manière d’un pinceau, la suie laissant sur le papier une trace qui s’apparente à celle du fusain, mais avec plus de transparence et de profondeur.

 

Il m’a semblé que ce médium servait tout à fait mon propos : rendre hommage aux femmes autochtones disparues ou assassinées au cours des dernières décennies au Canada.  En effet, la suie laissant une marque à la fois puissante et fragile et le feu symbolisant la  transformation, j’ai voulu montrer l’impact que la vie de ces femmes, bien que disparues, a eu sur moi et sur tous ceux et celles qui dénoncent la haine et l’indifférence; montrer qu’elles existent encore dans nos consciences et dans nos coeurs.

 

 La fumée qui flotte après que la bougie est éteinte rappelle la présence de ces femmes. 


Ces destins tragiques me touchent profondément et j’ai voulu donner un visage à ces femmes dont les traits auraient pu sombrer dans l’oubli, celles dont aucune photo ne rappelle le sourire ou l’étincelle des yeux.  

 

Il ne s’agit pas de portraits à proprement parler, mais de représentations abstraites issues de mon désir de m’approcher au plus près de ces âmes violentées, afin de capter leur lumière et de leur donner un peu de la chaleur du feu.

 

  La flamme que j’utilise pour peindre est le symbole de ces femmes, dont la vie a été si brusquement soufflée. Mais les marques laissées sur le papier témoignent  de la réalité de leur existence : elles ont ri, elles ont pleuré, elles ont aimé, elles ont dansé.

 

 

 Elles ont souffert aussi.

 

 J’ai eu envie d’aller à la rencontre de ces femmes, mes soeurs. 

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© Victor Noel et Barbara Roelens